Comment parler des attentats à son enfant

Date de publication : 18/11/2015 à 11:00

« Comment on fabrique un fou qui tue ? » demande Victoire, qui n’a pas 5 ans. Elle a besoin que quelqu’un l’aide à remplir les blancs. Mais avec quels mots ?

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« Comment on fabrique un fou qui tue ? » demande Victoire, qui n’a pas 5 ans, avant d’enfourner une cuillère de soupe dans sa bouche. La télé est allumée. Chacun essaie de comprendre les évènements terribles qui ont eu lieu le vendredi 13 novembre. Victoire, comme tous nos enfants, a besoin de réponses. Elle a besoin que quelqu’un l’aide à remplir les blancs. Mais avec quels mots ?

 

Peut-on parler des événements malheureux du 13 novembre dernier à son enfant quel que soit son âge ?

Pour Odile T., Thérapeute :  "Cela dépend de la maturité de l'enfant, de ses réactions : Les mots utilisés seront donc différents. On utilise des mots plus réalistes lorsque les enfants sont un peu plus vieux. "

On parle de haine, de violence… Avec un plus jeune, on reste dans le registre de la colère et de la méchanceté. On peut se référer à certains écrits de Catherine Dolto comme « Gentil méchant » ou encore « Ça fait mal la violence » (Ed. Gallimard Jeunesse), dès 2 ans.

« Pour expliquer à mon tout petit garçon, raconte Luce, j’ai pris son livre préféré « La grosse colère » de Mireille d’Allancé. Il aime beaucoup cette histoire qui raconte graphiquement cette chose terrible qui monte en nous et qui finit par exploser : la colère. Je lui ai dit que ces terroristes avaient cette même chose terrible en eux, mais qu’ils n’avaient pas su la calmer. Mon fils est trop petit pour que je cherche à lui expliquer les raisons de ces attentats mais il sait déjà que la colère détruit tout.».

Pour les plus grands, « De bonnes raisons d’être méchants ? » de Denis Kambouchner répond à de nombreuses questions (à relire aussi par les adultes).

 

«Faut-il parler spontanément  des attentats à son enfant ou attendre qu’il pose des questions ? »

« Roro », Directeur des services périscolaires en banlieue parisienne, préfère d’abord demander à l’enfant ce qu’il a compris et retenu avant même de choisir ses mots.

"Faire parler l'enfant est très important. Cela lui permet de se soulager, d'évacuer les angoisses accumulées soit par le stress ou l'angoisse que ses parents ont pu lui transmettre soit par ce qu'il a pu entendre ou voir dans la presse, à la télé... "

 

« J’évite de leur faire peur mais je ne leur mens pas. »

"Dans les discussions et suivant leurs questions, j'évite d'utiliser des mots crus mais, sans mentir, je leur dis qu'effectivement des gens qui n'avaient rien fait se trouvaient aux mauvais endroits car des hommes qui voient le monde d'une autre façon en ont décidé autrement en les tuant. J'évite aussi de leur faire peur en leur disant qu'il ne faut plus prendre le métro, ne plus aller au cinéma, dans des magasins parce qu'ils vont se faire tuer... Non. Encore une fois, je ne leur mens pas. Je leur explique qu'effectivement il peut arriver de se faire tuer à tout moment par des terroristes, tout comme ils le pourraient en traversant la rue et se faire renverser, ou se casser une jambe en jouant au parc ou en faisant du patin, afin qu'ils comprennent qu'ils n'ont que très peu de chance de se trouver au mauvais moment au mauvais endroit. Je leur dis également qu'il y a des gens qui sont là, pour les protéger, des policiers, leurs parents, un gouvernement, et qu'ils peuvent continuer à vivre comme avant, leur vie d'enfant que les adultes sont là pour eux. Pour que rien ne leur arrive. "

 

« Maman, c’est quoi un terroriste ? »

"Un terroriste, reprend Odile T., c'est avant tout une personne qui souffre. Il souffre dans sa vie, dans sa famille, en société. Il se sent perdu et va écouter des gens qui vont lui demander de faire n'importe quoi. En échange ces gens vont lui promettre des choses qu'il n'a pas (ou plus) : de l'argent, un appartement, un beau téléphone ou une tablette, une nouvelle famille..."

 

Comme il n’y a plus de sorties scolaires autorisées, Fanny est un peu déçue de ne pas participer au cross des écoles vendredi matin. Elle se demande « Est-ce qu’ils vont revenir les terroristes ?»

"Tout est possible, poursuit Odile T. Ils peuvent revenir comme ils peuvent ne pas revenir. Personne ne sait. C'est comme faire du patin à roulettes et se casser une jambe ou traverser la rue et se faire renverser par une voiture. On ne peut pas savoir ce qui peut arriver ni quand. C'est pour cela qu'il faut continuer à vivre. Aller à l'école, jouer au parc... Tu n'as pas à t'occuper du reste. On peut en parler quand tu veux mais c'est notre rôle de te mettre en sécurité."

 

« Est-ce que mon enfant va parler des attentats à l’école ? »

Oui. Peut-être pas en maternelle mais les professeurs des cours élémentaires et secondaires parlent avec les élèves depuis lundi. Ils leurs expliquent que des gens sont morts parce que des terroristes les ont attaqués. Ils discutent avec les élèves de ce qu’ils ont pu voir à la télé ou entendre de la bouche des adultes. Ils leur expliquent que les sorties scolaires sont annulées pour le moment pour éviter les rassemblements et les dangers éventuels. Ils leur rappellent parfois au passage qu’il est important de ne pas regarder des images violentes et jouer à des jeux vidéo qui ne sont pas de leur âge. C’est un moment durant lequel chacun peut parler de sa vision de la violence.

En s’exprimant, par les mots, les dessins, les enfants sont plus forts que ceux qui voudraient les effrayer.

 

Pour aller plus loin

  • Dès 2 ans : « Gentil méchant » ou encore « Ça fait mal la violence », de C. Dolto (Ed. Gallimard Jeunesse)
  • Dès 3 ans : « La grosse colère » de M. d’Allancé (Ed. L’Ecole des loisirs)
  • Dès 13 ans : « De bonnes raisons d’être méchants ? » de Denis Kambouchner (Ed. Gallimard Jeunesse)

 

[Crédits] : Wingz - www.wingz.fr

 

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